Elle est sympathique, accessible, pertinente, inspirante. On peux dire la même chose des 2 derniers livres qui portent le nom de la populaire nutritionniste Geneviève O’Gleman, véritables petits bijoux sortis l’un après l’autre en librairie. Des livres que Geneviève qualifie de « coffres à outils » et qu’elle souhaitait forts, ce qu’ils sont, parce que les lunchs et les soupers sont si importants pour les familles. Avec ceux-ci, elle nous aide dans nos quotidiens occupés, une fois de plus. Voici le récit de ma conversation avec cette pétillante foodie santé !

PI : Qu’est-ce qui a le plus changé dans ton domaine depuis le début ?

G : Je dirais l’ouverture des gens, leur curiosité, leur goût de bien manger. Il y a 10 ou 15 ans, j’essayais de les convaincre de manger moins de viande et davantage végé. Les gens viennent maintenant vers moi en me demandant des idées pour manger moins de viande et apprêter le tofu. On sent la conscience santé et environnementale des gens, les changements climatiques jouant certainement pour beaucoup. Je sens beaucoup de réceptivité, les gens sont prêts et veulent des solutions. Mais, tout le monde est pressé et manque de temps, jonglant avec une réalité qui est la même pour tous, on dirait.

PI : On veut bien manger mais on a parfois l’impression que ça doit être conditionnel à ce que ça soit vite. En même temps, on constate le mouvement de slowliving qui gagne de plus en plus d’adeptes. Pourquoi veut-on sauver du temps sur quelque chose qui concerne notre santé et qui est à la base de la vie, crois-tu ?

G : Ça demeure quand même un effort de cuisiner. Je ne souhaite pas l’associer à une corvée, mais je l’entends tellement ce message et je le comprends. Quand on arrive du travail, on est fatigué, on a faim, et il faut faire un effort de plus, aller plus loin dans notre journée pour cuisiner quelque chose. Là où je comprends le slow living et où j’y adhère est que j’aimerais aider les gens à cuisiner plus rapidement pour qu’ils passent plus de temps à table entourés de leur famille. C’est cette équation, je crois, qui est payante. C’est également la philosophie de mon magazine web, Savourer, soit de cuisiner simplement et rapidement pour profiter de la vie après, profiter du repas, prendre le temps de le déguster.

Quelques recettes du livre Soupers rapides de Geneviève O’Gleman – Photos : Maude Chauvin

Ce que j’aime, c’est quand les gens pigent un truc, prennent une astuce et l’appliquent ailleurs. C’est signe que j’ai été utile. J’adore quand les gens s’approprient mes recettes et les adaptent pour en faire leurs classiques.

PI : Est-ce que de trouver des astuces pour enrichir nos collations ou repas, c’est de l’essai-erreur et de la créativité ou il y a certains trucs de base à savoir ?

G : C’est vraiment par les essais. Ma cuisine est un laboratoire. Avec mon équipe, on réalise plein de tests, on vit plein d’échecs aussi, c’est normal. On teste pour que ce soit fiable et solide, ensuite, dans chacune des maisons. C’est à nous de se casser la tête pour simplifier la vie des gens. On a souvent des hypothèses, on cherche un truc pour par exemple remplacer la mayonnaise, ensuite on pousse cela plus loin et au final, l’astuce aura une place dans l’un des livres de la collection ou sur le web.

C’est ce que j’aime faire, trouver des trucs, des détours, d’autres chemins pour faire, par exemple, une béchamel moins grasse mais onctueuse, ou une marinade moins salée. Je suis nutritionniste, donc tout est toujours réfléchi, mais quand on oublie le côté santé pour voir seulement le côté gourmand, là, c’est mission accomplie !

Quelques recettes du livre Les lunchs de Geneviève O’Gleman – Photos : Maude Chauvin

PI : C’est un défi, un plaisir ou les 2 de se renouveler point de vue recettes ?

G : Un plaisir, tellement ! J’aime tant ce que je fais. C’est quand je suis dans la création que j’ai le plus de plaisir et que je me sens le plus utile. Je suis à l’écoute des gens, qui m’écrivent beaucoup sur les réseaux sociaux. On me passe des commandes, les gens me parlent de leur réalité, je travaille à trouver les réponses et des solutions. Mon travail est très vaste, mais quand je suis purement dans la création, je ne vois pas le temps passer.

PI : On entend certaines personnes dire qu’ils n’ont pas faim le matin. Est-ce une question de génétique, par exemple, ou d’habitude, d’avoir faim au moment des repas ?

G : C’est très fortement l’habitude, c’est à dire que si on a commencé à sauter un repas pour une raison X, vient un moment où le corps abandonne. Il crie famine, mais si on saute toujours le déjeuner, par exemple, il arrêtera d’envoyer le signal qui dit qu’on a faim. On doit le reprogrammer. Une personne qui saute des repas aura faim au début, mais en viendra à ne plus la sentir. On doit donc choisir des aliments qui nous plaisent et on va se surprendre après quelques jours à retrouver la faim. Le corps s’adapte dans un sens comme dans l’autre. C’est d’ailleurs important de bien répartir nos repas dans la journée. Il y a tellement d’idées faciles et rapides qu’on peut toujours se dépanner, même si on manque de temps.

PI : Quel serait l’aliment trop souvent sous-estimé ?

G : On n’est pas encore de très grands fans de légumineuses au Québec et je crois qu’elles sont un incontournable : ce n’est pas dispendieux, ça se conserve longtemps et les possibilités sont très grandes (soupes pour en faire une soupe-repas, au robot pour une trempette, dans un sauté, froides, chaudes, dans une quesadilla… ). Dans notre quête de durabilité et d’écologie, c’est un ingrédient auquel on devrait donner plus d’attention. J’aime beaucoup les faire découvrir d’une façon gourmande. Je propose dans le livre une salade de pommes de terres aux lentilles, une fricassée aux haricots de Lima, une grosse légumineuse crémeuse et succulente, un couscous marocain aux épices, une soupe de courge et haricots blancs… C’est un ingrédient gagnant.

PI : Est-ce que tout ce qui ressemble aux protéines d’insectes et ses dérivés est l’un des plus grands changements qu’on va connaître dans les prochaines années ?

G : C’est quelque chose d’intéressant, même s’il y a encore beaucoup de craintes, de préjugés et de retenue. En passant par les farines d’insectes, les gens seront plus ouverts à l’essayer, probablement. C’est intéressant parce que c’est plus écologique que du bœuf, par exemple, mais il y a tellement de petits gestes plus accessibles qu’on peut faire dès maintenant contre le gaspillage, en achetant localement, en regardant la provenances de ce qu’on achète, en mangeant moins de viande, en achetant un miel d’ici au lieu de l’Argentine ou de la Chine. On a des producteurs de miel à 50km maximum de chez soi, pour tout le monde. Oui, donc, sur le radar plus ou moins lointain, il y a les farines de grillon, mais plein de petits pas gourmands et accessibles peuvent être faits avant cela.

PI : Quel aspect de ta vie aimerais-tu savourer davantage ?

G : Je suis une grande passionnée du voyage. C’est mon oxygène. C’est ainsi que je me renouvelle. Avec Savourer, c’est la première fois que j’y fais une place dans ma vie professionnelle. J’ai maintenant la chance d’inclure le voyage dans ma carrière, ça me fait très plaisir. Les voyages sont aussi importants que la bouffe pour moi et je fais toujours des voyages plus ou moins liés à celle-ci. J’aime décoller le nez de mon frigo et aller voir ce qu’il y a dans celui des autres, à travers le monde. J’emprunte plein de trucs, il y a de nombreuses façons de manger santé de partout dans le monde. Plus on y a accès, plus notre alimentation gagne en variété, plaisirs et saveurs.

A propos de l'auteur

Éditrice et rédactrice en chef du magazine Partout Ici. Amoureuse des mots, des animaux, de mon homme, de ma vie.

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