Je m’entretiens avec Maxime Morin lors de la journée mondiale de la gentillesse. C’est un hasard qui influence le début de ma conversation avec la co-auteure du livre À go, on ralentit (avec Madeleine Arcand) et aussi co-fondatrice de Rose Buddha. Selon ma vision, être gentil a beaucoup à voir avec le fait de ralentir : on laisse passer quelqu’un en file, en voiture, dans le trafic, on cuisine pour quelqu’un… Voilà plein de choses qui prennent du temps.

Maxime Morin & Madeleine Arcand par Avril Franco Photographe

On n’a pas feuilleté 10 pages du livre que plusieurs phrases (me) parlent énormément, comme cette citation : « Le monde n’a pas besoin de nous pressés, le monde a besoin de nous présents ».

Qu’est-ce qui explique, selon l’auteure de ce fabuleux livre, le mouvement de plus en plus présent, et qui semble même être devenu une urgence pour certains, de ralentir et parfois même changer de vie, de revenir à quelque chose qu’on a complètement perdu ou de faire de nouveaux choix ? Voici sa première réponse dans une conversation riche et pleine de sens…

M : Je crois qu’on est arrivés à notre vitesse maximale. Depuis des années, la technologie nous permet d’accomplir plus de tâches, mais nous permet autant qu’elle nous oblige à aller plus vite. Tranquillement, tout le monde a accéléré le rythme. Il y a plusieurs années, si tu voulais te démarquer de tes collègues de travail, tu pouvais accomplir le travail plus rapidement. Aujourd’hui, tout le monde a atteint sa vitesse maximale, donc tu ne peux pas aller plus vite ou être plus performant que ton collègue. Tout le monde est dans une sorte d’hyperperformance. Puis, on voit plein de gens déprimés, en burnout. L’anxiété est un problème majeur pour environ 1 personne sur 3 incluant les enfants. Beaucoup de gens doivent choisir de ralentir, ce qui est vrai pour nous aussi, parce qu’on s’est rendu compte qu’on passait à côté de notre vie. On ne fait qu’aller vite, on est dans le faire et jamais dans l’être : être en contemplation, être avec les gens qu’on aime. C’est un mouvement global, tout le monde a la langue à terre en même temps, on se dit : « hey, on ne peut pas aller plus vite, on ne peut pas aller plus loin, il n’y a qu’un seul chemin, celui de retourner derrière et de se calmer ».

PI : Est-ce que l’écriture, justement, force à ralentir ?

M : Oui, ça oblige. J’ai toujours écrit dans des cahiers, elle a toujours fait partie de ma vie. Tu ne peux pas aller vite quand tu veux écrire. Il faut réfléchir, il faut s’assoir. L’écriture du livre s’est faite sur une année, ce qu’on voyait au départ comme un gros éléphant; très excitant, mais énorme en charge de travail. Nous l’avons pris doucement, lentement, un chapitre à la fois. Écrire force à ralentir, c’est une excellente réflexion à avoir.

PI : On constate la place énorme que prennent les photos inspirantes, un peu partout et en grande partie avec Instagram, mais aussi beaucoup dans des livres, dont le vôtre. Crois-tu qu’un des buts de ceci est de nous faire ressentir ce que ce serait, une vie plus lente, le temps qu’on installe davantage ce mode de vie pour soi ?

M : On voulait beaucoup de photos, pour procurer un sentiment d’apaisement à travers le livre. Les images font cela, la vie est visuelle. On est influencés par la vie, les couleurs, on voulait que le livre soit rempli d’images qui donnent envie de sourire, de ralentir. Je pense que c’est pourquoi Instagram fonctionne si bien, et les blogues aussi. C’est souvent une porte d’entrée à la lecture.

PI : Tu as parlé du fait que pour se démarquer, avant, on avait juste à aller plus vite, faire mieux. As-tu l’impression qu’on vit une période de dévalorisation de comment on se définissait avant par le faire, que dans le futur, ce ne sera plus notre CV d’actions qui parlera de nous, mais plus ce qu’on pourra dégager par notre être ?

M : J’aimerais beaucoup ! C’est une belle utopie. Quelque chose doit changer, c’est certain. On a une amie qui travaille dans un gym et elle est souvent aussi stressée qu’un médecin à l’urgence. Ce n’est pas normal. Nous sommes tellement définis par le faire, que le changement de perspective est nécessaire : trouver une valorisation dans la gentillesse, la douceur, l’ouverture aux autres. J’ose espérer que ce qu’on est aura plus de valeur éventuellement, mais je n’ai pas l’impression que c’est ce qui se passe actuellement, sauf dans quelques entreprises plus avant-gardistes. Mais on est encore beaucoup dans l’image, dans le « se mettre en scène » pour avoir l’air le mieux possible, ça crée beaucoup d’anxiété et une impression d’être inadéquat, parce qu’on est toujours en train de se comparer. Les images, c’est beau, mais il y aussi un danger à ça. On a longtemps hésité avec celles du livre, on a d’abord pensé louer une maison, mais ensuite on s’est demandé si on pouvait être dans nos lieux à nous, nos vrais espaces, avec nos enfants, notre famille, ce pour quoi on a opté afin d’être le plus vraies possible. On ne veut pas que les gens pensent qu’on est parfaites, qu’on l’a l’affaire et qu’on est slow et zen tous les jours. On est en déséquilibre autant que le lecteur, on partage nos réflexions, nos meilleurs trucs, et on a aussi fait appel à de nombreux experts pour nous supporter dans cette démarche.

La démarche qu’on a amorcée il y a quelques années est d’être le plus conscientes possible des gestes qu’on pose au quotidien. Autant dans la consommation que dans notre rapport à l’autre.

PI : On pourrait parfois penser que le slow living, c’est seulement possible à la campagne, dans la nature, et que ce n’est pas possible au centre-ville. Est-ce qu’il y a autant de vrai que de faux dans cela, est-ce une excuse qu’on se trouve pour ne pas ralentir ?

M : Ça se peut que ce soit une excuse. J’ai habité Montréal pendant de nombreuses années, cette année on est déménagés un peu à l’extérieur. Ce n’est pas parce que je voulais vivre selon les principes du slow living, mais parce qu’on avait envie de vivre autre chose. J’étais capable d’en appliquer les principes en plein cœur du Mile End avec ma rue sans asphalte et un marteau piqueur dedans. C’est certain que dans un endroit où il y a plus de mouvement, tu y es davantage confronté, peut-être est-ce plus facile de mettre le pied dans le courant ou de sauter dans le train. C’est peut-être un plus grand défi à certains niveaux. Mais en ville, souvent, on vit dans de plus petits espaces, on a des commerces de proximité, d’autres avantages. C’est plus difficile d’accumuler des choses quand on a une contrainte d’espace de rangement. Ne pas prendre l’auto est plus facile, consommer directement du marché et acheter usagé est plus accessible. C’est très possible d’être slow living en ville autant qu’à la campagne, ce ne sont juste pas les mêmes défis.

PI : Que dites-vous aux gens qui disent que ce n’est pas cela la « vraie » vie, qui ont la croyance, par exemple, que la vie n’est pas faite pour relaxer, qu’il y a des factures à payer, qu’on ne bâtit pas de grandes entreprises en étant slow point de vue affaires?

M : Ça fait 3 ans que nous avons fondé Rose Buddha. Notre entreprise a grandit très très rapidement. Oui, je crois que c’est possible d’adopter ces principes si tu es entrepreneur. C’est un défi tous les jours. J’ai appris à dire non. Non à ce qui n’est pas nécessaire. Je me nourris beaucoup de gens inspirants, d’entrepreneurs, de coachs en entreprises qui justement, prônent un ralentissement et surtout, de mieux gérer son temps. Ce n’est pas vrai qu’on doit travailler 24 heures par jour, qu’on doit avoir de la broue dans le toupet tout le temps. On est maître de notre temps. Oui, une entreprise a des demandes. On doit apprendre la notion de « ce n’est pas grave. » Je le ferai demain, je vais accomplir tant de choses aujourd’hui. C’est de se mettre en priorité. Mon beau-frère est en affaires depuis plus longtemps que nous. À un moment, il a commencé à se mettre en priorité et à aller au yoga tous les jours. On s’est demandé comment il y parvenait. Il a expliqué que depuis qu’il se mettait en priorité, il était plus performant, plus lucide, plus clame et prenait de meilleures décisions. Je pense que c’est une mentalité qui est de plus en plus erronée. Des coachs en entreprises disent : faire moins, récolter plus, faire de façon plus intelligente : dire non, prendre ses courriels moins souvent, etc. Ce n’est pas vrai que toutes les opportunités sont bonnes à prendre, ni qu’une opportunité ne reviendra pas. Si c’est fait pour soi, on doit faire confiance.

PI : Ta réponse me fait penser à la ville VS campagne dont on vient de parler : les gens qui entretiennent ces phrases n’y ont pas goûté ou ne se donnent pas le droit de ralentir et entretiennent cette croyance, que ce n’est pas pour eux.

M : Tout à fait. Quand j’ai commencé, c’est allé si vite que je me suis demandé si je souhaitais vivre ainsi toute ma vie. Ce n’était pas plaisant. Ce n’est pas une qualité de vie, ce n’était pas en accord avec mes valeurs ni ce que je souhaitais créer. Finalement, nous nous sommes ajustées à ce que je souhaitais au départ avec cette entreprise : une vie plus douce, avoir le temps de réfléchir. Ça ne veut pas dire qu’on ne travaille pas fort, mais on travaille plus en respect avec nos valeurs et notre bien-être.

PI : Avec les Fêtes qui arrivent, ce sera pour certains un temps synonyme de vacances et de chalet, mais pour d’autres, ce sera un tourbillon et ils se sentiront débordés. As-tu quelque chose à partager en cette période de l’année pour ne pas s’étourdir ou se perdre ?

M : Nous avons adopté un truc en famille depuis quelques années, qui nous a enlevé énormément de poids et de stress, soit de ne pas se faire de cadeaux. On pige et on se fait un seul cadeau fabriqué. Aux enfants, on a demandé de piger et ils choisissent donc au hasard un seul cousin ou cousine et leur offrent un petit cadeau.

C’est mon cheval de bataille. Dans la vie, j’ai tendance à dire oui rapidement. J’aime faire plaisir aux gens. Mais ensuite, je vis de la frustration : pourquoi suis-je si fatiuguée ? Je n’ai pas mis ce que moi je vouslias faire en priorité. Je n’ai pas mis mon bonheur et celui de ma famille en pritoé, j’ai mis plaire aux autres avant moi-même. Ensuite, il m’en reste moins à donner.

Aussi, on a choisi de ne pas dire oui à tous les partys, on choisit ce qui nous branche, on prend du temps en intimité. Ne pas s’en imposer parce qu’on est « supposé » faire quelque chose, refuser des invitations mais en expliquant clairement à la famille que cette année, par exemple, on va faire tant de déplacements. Oui, certains seront déçus. Dans le livre, on parle d’apprendre à dire non. Mon père est psychologue et on l’a consulté pour cela : comment dire non, quelles en sont les règles ? Pour les Fêtes, je recommande à tous d’aller lire sur le sujet pour apprendre à dire non afin de se dire oui un peu plus à soi-même.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.