On ne peut qu’être admiratif devant le grand succès de Caroline Néron, autant pour les chiffres que la créativité de cette entreprise qui vient de chez nous. Caroline est une fille accessible et authentique avec qui on se sent rapidement à l’aise de jaser. Avec elle, pas de masque ou de faux airs. Elle est directe, franche, drôle et spontanée. Elle semble excessivement bien se connaître et parlera avec transparence autant de ses bons coups, de ses doutes que d’argent, sujet encore trop souvent délicat ou mal assumé pour plusieurs.

La passion réelle qui l’anime pour son art est contagieuse et sa présence donne envie de se surpasser. Elle a gagné sa place autant que son succès, comme comédienne, le métier pour lequel elle a d’abord été connue, puis comme fondatrice de sa marque éponyme. Caroline Néron, depuis dix ans, additionne les boutiques au Canada comme les milliers de créations qui en font la renommée, crée de l’emploi pour 200 personnes et donne fière allure aux femmes autant qu’aux hommes qui portent ces bijoux, montres, sacs à mains et accessoires québécois.

Rencontre avec une femme qui veut autant conquérir le monde que le rendre meilleur.

Tu donnes l’impression d’être un rare équilibre entre une artiste et femme d’affaires. Parfois, les artistes rencontrent un défi côté affaires pour monétiser leur art ou leurs créations. Comment perçois-tu cette dualité ?

Je ne peux pas juger les autres, mais c’est probablement un fait. C’était difficile pour moi, au début, de seulement avoir une certaine crédibilité d’affaires parce qu’on n’est souvent pas reconnu ainsi quand on est du côté artistique. Je dirais même qu’au Québec, c’est vu plutôt négativement pour un artiste d’être en affaires. Ils ont parfois l’impression de jouer sur leur qualité de créateur en pensant aux sous et je trouve que c’est absolument le contraire. C’est plutôt de contrôler le développement : comment tu vas l’apporter au public, comment tu vas le présenter. C’est d’être à l’écoute de ton consommateur aussi.

Je suis une entrepreneure depuis l’âge de cinq ans, je suis une artiste depuis le même âge. J’avais autant les deux désirs. Je dis toujours que j’étais une artiste qui voyait des chiffres au bout de son art. Autant je voyais le projet créativement, autant il y avait aussi toujours l’analyse. Souvent, mes gérants-agents m’ont dit de m’occuper du côté créatif et qu’ils allaient s’occuper de la négociation et du prix, alors que pour moi ces étapes étaient importantes. J’avais ce besoin et cette envie, c’est un plaisir pour moi. Je dirais que depuis que j’ai mon entreprise, je fais travailler les deux cotés de mon cerveau. C’était un gros manque, avant. J’aime ça, me partager entre la création et le marketing, qui sont hyper créatifs, et le développement des affaires, la négociation, les rencontres. 

Tu connais un énorme succès et tu ne te caches pas du fait que tu réussis et que tu veuilles réussir. As-tu eu à faire une paix avec l’argent ou si pour toi c’est naturel de faire des sous quand ils sont faits de la bonne façon ?

De nature, je suis une fille très franche. C’est d’ailleurs souvent la première qualité qu’on me reconnait, qui est aussi parfois un défaut. Mais qui s’est peaufiné avec le temps. Une entreprise m’a appris à peser mes mots et tourner la langue 7 fois avant de parler, je le fais davantage. Au contraire, c’est quelque chose que j’ai envie de partager. J’aime parler d’argent, parce que ça fait une différence. Il y a quelque chose de beau à l’assumer et à montrer l’exemple. J’aime servir d’exemple pour ça parce que je vois l’impact que ça a sur ma vie. Amener ma mère en voyage autant qu’être engagée socialement. C’est bien beau d’écrire sur les murs que tu veux changer le monde, mais qu’est-ce que tu fais concrètement ? Je fais des choses concrètes. C’est beau les fondations, de pointer et dire à tous : donnez, donnez. Donnes-tu juste de l’argent ? Donnes-tu du temps ? Je ne donne pas que des sous, je donne du temps. J’emmène mes employés 2-3 fois par année donner du temps, pendant le temps de travail. Je me donne à des causes, beaucoup avec le Club des petits déjeuners et le cancer du sein. C’est autant les idées, les réunions, le concept, pas juste de donner de l’argent. J’étais engagée avant, je me sens juste plus choyée l’être et de donner maintenant, avec une entreprise. Aujourd’hui, pour le cancer du sein, Clin D’œil, Jean-Coutu et moi, on finance des programmes de recherche, chaque année. On est capable de faire ça. C’est majeur, c’est gratifiant. C’est simple en fait, je pense que c’est un devoir de citoyen, un devoir d’entreprise. L’environnement, en prendre soin. On a planté 6000 arbres. Je ne suis pas la plus totale écologique, je ne m’en cache pas. Par contre, j’ai appris un jour que pour être neutre en carbone, pour rouler avec mon camion qui me fait sentir plus en sécurité, je devais planter 20 arbres par année. Je vais les planter. Il y a une façon de redonner.

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Avec cette façon de m’exprimer qui est la mienne et le fait de parler d’argent, j’ai envie d’influencer les gens. Je sais que plusieurs le pensent et aimeraient ne plus avoir de soucis financiers. C’est pas le fun, ça ? Et si, à la limite, tu n’en veux pas trop, d’argent, donne tout ce qui est un surplus ! Qui va cracher sur le fait de recevoir plus d’argent ? Mais, ça ne vient pas du ciel. Il faut travailler. Il y a énormément d’heures de travail, il y a de la passion, des risques qui ont été pris. Mais cette pression n’a jamais été aussi grande que la passion qui était là, derrière. J’ai des moments difficiles, d’autres qui sont magnifiques, mais les plus difficiles je les aime parce qu’ils permettent d’apprécier tout le reste. Si je ne connais pas par ces moments difficiles de vie et de compagnie, si on ne comprend pas que l’échec fait partie de chaque chemin et qu’on ne saisit pas l’opportunité d’apprendre à travers nos échecs, je pense qu’on n’a rien compris. 

Devenir maman change quoi pour la créatrice et l’entrepreneure ?

En fait, ça change une vie. Mettre un enfant au monde fait que toute ta perspective change. J’étais mon centre de l’univers avant. Là, c’est ma fille qui l’est. Oui je continue à pousser mes rêves, j’en ai encore de très grands, mais je suis déjà épanouie avec mon enfant. L’échec est moins fort, parce que tu réalises que tu es déjà heureux avec elle. Ça permet de redécouvrir la vie. Ce matin, dans l’auto, elle apprenait à claquer des doigts. Ça me faisait rire. Un enfant te replonge dans tes souvenirs et dans l’essentiel… Découvrir le gazon, faire un potager. J’en ai besoin. La naissance de ma fille a été synonyme d’une belle maturité et entraîné une meilleure gestion de mon horaire. Avant, je faisais 15 heures par jour. Maintenant, je fais en 7 heures ce que je faisais en 15, parce que je veux du temps avec elle. Je quitte à 15h45, je me sens choyée comme mère de pouvoir partir avant 17h. J’ai du temps avec elle. Et oui, j’ai une nanny, mais c’est souvent pour quand ma fille se couche, vers 20h, je vais aller rejoindre mon chum au resto. Je n’ai pas une nanny qui fait l’éducation de ma fille à cause d’une grosse job et que je travaille tout le temps. Au contraire. J’ai du temps avec mon chum, mes amis. Tout est une question d’agenda, d’équilibre. 

De quelle façon as-tu appris à mieux te connaitre ?

Assumer, parler. J’ai consulté, plus jeune, des psychologues. J’ai un bon tempérament ! Aujourd’hui, j’ai une autre forme de psychologie : mes amis. Pas la même qu’avant, pour vouloir contrôler. C’est plutôt : voici la situation, qu’en penses-tu, dis-moi la vérité. On ne contrôle pas l’info qu’on n’a pas. Parfois, tu es trop plongé dedans. Un entrepreneur est un chef d’orchestre, que ce soit au design ou au marketing, tu vois des choses que les autres ne voient pas quand ils sont trop plongés dedans. Être oeil extérieur est parfois plus fort. C’est comme ça que je le vois et que je le vis. J’ai une tendance aussi, peut-être naturellement, à relier certaines maladies à ce qu’on garde en dedans. J’y crois. Pour moi, ça s’appelle : sort, parle, excuse-toi, admet tes erreurs, va chercher l’info, au moins exprime-toi va au bout de ton affaire et même si ça ne marche pas, tu vas être libéré de toutes ces bibittes intérieures. Cet équilibre est nécessaire. 

Qu’est-ce qui fait que ça passe ou ça casse pour une entreprise selon toi ?

L’énergie que tu vas y mettre. Rien ne vient sans travail. Malheureusement, les gens sont très motivés au début et réalisent au bout de 2 ou 3 ans que ça ne se passe pas comme prévu. C’est ta capacité de prendre la pression. Un vrai entrepreneur n’est jamais déchu, à terre. Il y a toujours une solution. Je suis de cette nature là. C’est pour ça que tu vois des entrepreneurs faire faillite et remonter des business à milliards, que tu vois des Guy Laliberté et Richard Branson ne pas avoir fini l’école au complet et se faire dire tu pourras pas, tu n’as pas ci ou ça. Je n’ai pas fait l’école de théâtre. On m’a dit que je ne pourrais pas être comédienne. J’ai fait 11 séries en rôle principal. Je ne le faisais pas pour le monde, je le faisais pour moi. Je ne me suis jamais arrêtée à ce que les autres pouvaient penser. Du négatif, tu vas toujours en avoir autour de toi, jusqu’à ce que tu prouves le contraire. On a tellement descendu Céline Dion. C’est la meilleure chanteuse au monde ! Il y en a beaucoup qui doivent tourner la langue et être gênés d’avoir pensé qu’elle n’irait nulle part. Les gens ne sont pas là pour t’appuyer quand tu pars quelque chose et c’est normal. Au même titre que quand tu dis que tu vas prendre 3000% d’expansion. On te dit d’oublier ça, que ça n’arrivera jamais. Il y a de l’inattendu, de l’imprévu, mais basé sur un travail constant, une capacité de se relever et ça part d’une passion. Mais si tu n’aimes pas, à la base, ton domaine… Tu comprends ce que je veux dire ?

Pour moi, c’est essaie. Et si ça ne marche pas, au moins tu auras essayé. Lance ton entreprise, même si on tente de te dire que tu n’y connais rien ou que ça ne marchera pas. Tout le monde aurait pu dire ça de moi quand j’ai lancé l’entreprise. Je suis une folle de la mode, mais je ne connaissais rien dans la confection et je n’ai pas fait l’école de design. Mais je voulais réussir pour me produire moi-même comme comédienne et chanteuse, je ne voulais pas être à la merci des producteurs et réalisateurs. Malheureusement ou heureusement, en 2 ou 3 ans, ma passion première est devenue mon entreprise. J’ai encore un agent qui essaie parfois de me faire rejouer dans des séries. Je ne peux pas croire que la petite fille qui ne jurait que par le chant et la comédie pour toute sa vie refuse aujourd’hui, parce que son entreprise a pris le dessus. La veille du lancement de mon entreprise, tu m’aurais qu’un jour je ne voudrais plus être comédienne ou chanteuse, j’aurais dit : tu es complètement dans le champ ! Ce n’était même pas une question. Je me suis d’ailleurs battue pour ne pas devenir entrepreneure. Je savais que j’étais une forte entrepreneure, je l’avais dans le sang, de par ma famille, avec des soupers autour de ce genre de conversation. Ma soeur et moi sommes allumées par l’entrepreneuriat. On a été élevées sans genre : il n’y avait rien qui était pour gars ou pour fille. Tu es un être humain, toutes les possibilités sont là, devient ce que tu veux dans la vie… 

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Tu t’adresses souvent aux femmes d’affaires en conférence. Est-ce qu’il te dérange le discours : les femmes en affaires, c’est pas comme les hommes, ou si tu trouves qu’il y a une différence ?  

Je veux juste que les femmes arrêtent de le dire. On a tous les mêmes capacités, le même cerveau, il est autant développé. Le reste, c’est de l’assumer. Ce que je trouve différent encore en ce moment dans le monde des affaires entre un homme et une femme, et je souhaite que ma fille ne le vive pas, est que je sens que ma crédibilité est affectée du fait que je sois une femme. De la part de ceux qui me reçoivent. Je suis allée à New York récemment. J’étais devant un homme d’affaires qui, au milieu de ma présentation, alors que j’expliquais que j’étais rendue à 20 magasins, m’a coupée la parole et m’a dit : ok, so what your husband do ? En voulant dire : tu t’es fait payer une business. Ça m’a insultée total ! C’est un gros joueur dans l’industrie du textile et c’est son bureau qui m’avait approchée. J’ai créé un froid dans le meeting en lui disant que je ne comprenais pas la question ni l’intérêt. Il a bafouillé qu’il pourrait peut-être faire des affaires avec lui aussi. Je lui ai demandé : so what does your wife do ? In case I can do business with her too… Il m’a répondu que si sa femme avait été là, ça aurait été la première journée de sa vie qu’elle aurait travaillé. Pour moi, on est encore dans cette mentalité. Moins, mais on est encore là. Mais, ma plus grande rivalité est encore souvent la femme, c’est ce que je trouve triste. Tenons-nous un peu plus les femmes. Quand tu es une femme épanouie, tu ne te sens pas en rivalité. Je comprends qu’avant, quand les femmes étaient à la maison, c’est par ta personnalité et ta beauté que tu allais garder ton homme, ou ci ou ça. Ça jouait sur le mental. Je pense que c’est un faible pourcentage de femmes qui se réalisent à la maison. On le comprend parce qu’aujourd’hui, la plupart des femmes ont envie de travailler. Je n’ai rien contre le fait de vouloir rester à la maison, si c’est une passion et que la femme se retrouve dans ça et s’épanouie. Moi, je ne me sentirais pas épanouie, toutes les femmes seraient une menace, je ne serais pas bien dans ma peau, je ne me serais pas réalisée. On a aujourd’hui la chance de se réaliser, on ne devrait plus être en compétition. On devrait au contraire travailler davantage la collaboration. L’idée n’est pas de se comparer. Si tu es bien dans qui tu es et ce que tu fais, rien n’est une menace.

Quel est le meilleur conseil que tu donnerais aux entrepreneurs dans leur 0-2 ans qui doutent ou ont le goût, parfois, d’abandonner ?

Osez. Ils ont tous des petites solutions dans leur tête, mais la peur fait en sorte qu’on n’osera pas. Comme appeler un joueur plus important, qu’on sait qui pourrait nous aider, mais on va prendre des mois à faire l’appel ou même ne jamais appeler. Je suis encore parfois dans cette position. Je dois me crinquer avant de les appeler ou attendre d’être dans une bonne journée. Franchement, c’est parfois même mon horoscope, me disant que la chance est au rendez-vous aujourd’hui, qui va faire que c’est aujourd’hui que ça se passe. On a des moments où on se sent plus fort et il faut profiter de ces occasions pour défoncer des portes, aller plus loin et oser. Donc, si on a vraiment envie de lâcher, il y a une leçon qu’on a apprise et c’est peut-être qu’on a besoin de changer notre direction. Avec mon 2e album, je me suis plantée solide en le produisant. Je l’ai fait en même temps que j’ai lancé ma compagnie et mon focus s’est tourné sur celle-ci. Bien entendu, le cinéma et la musique vont m’intéresser toute ma vie et je ne sais pas quand j’en referai ou dirai oui, ou si même j’en aurai l’opportunité, mais le jour où ça va être un vrai besoin, je te jure que je vais m’aligner. Il y a parfois une porte qui s’ouvre et qui nous emmène ailleurs. Il faut croire en la vie et qu’elle est bien faite quand on s’assume. Si tu n’es plus bien dans quelque chose, ça se peut, et ce n’était pas une mauvaise décision. Tu as appris de quoi dans ça, mais finalement ça va t’emmener ailleurs, il faut assumer son parcours et le comprendre. Tu avais pris la décision de te lancer dans telle affaire à l’époque, parce que tu en avais envie, il y avait quelque chose que tu sentais là. Il faut aussi être capable de se dire que ça ne marche plus et qu’on va aller ailleurs. Je pense que c’est d’assumer. Assume et parle. 

C’est une fierté d’avoir des jeunes dans mes bureaux, c’est la future génération, ils sont bons, ils maitrisent leur art à fond, il n’y a pas de compétition. C’est la première chose que je demande : es-tu capable de travailler en équipe, peux-tu recevoir une critique d’un autre designer ? Si oui, ça marche. Si je dois me censurer, quand je dois dire que je n’aime pas ça, que tu m’obstines… Je veux tripper, rire, avoir du fun. Ça nous amène à un autre niveau, on en sort tous gagnants. 

Tu as dit parfois attendre une bonne journée pour par exemple faire un appel. Est-ce la peur du refus qui te freine ? C’est quelle peur ?

C’est l’insécurité, la peur du non, de l’inconnu. La peur de tout. Juste un mauvais feeling. C’est pour ça que je me sers beaucoup de l’agenda. Les flash qu’on a sont d’importance énorme. Des fois, on a l’impression qu’on peut refaire le monde avec une idée spontanée. Je les mets sur papier, dans l’agenda, pas juste sur une to-do list. Et si cette semaine je ne me sens pas assez forte pour partir le projet, je vais le reculer. S’il faut que je le recule de 2 mois, ce sera ça et ainsi, je ne le l’oublie pas complètement. C’est un des points dont je parle en conférence. L’agenda pour moi a été un gros atout au succès de l’entreprise que j’ai. Un moment donné je vais en sortir un, c’est clair ! J’y crois tellement. Combien de fois est-ce qu’on croise une personne, on se dit que ça fait si longtemps, qu’on doit se recontacter. Je le mets à l’agenda, je me dis : celui-là, je ne l’échapperai pas, c’est clair !

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