C’est une histoire de mer et de mère. Une histoire de Mère Nature, aussi. C’est l’histoire d’une quête de soi qui se vit en village, chacun pour soi. Celle de plusieurs personnes, dont les destinées vont se rencontrer avec comme toile de fond la mer bleue, et parfois grise, d’une Gaspésie racontée par la plume fantastique et peu commune de Roxanne Bouchard.

roxanne-bouchard auteure

Peut-être un peu parce que son héroïne porte le même nom que moi, j’ai été happée de façon instantanée par le récit. Très probablement parce que les mots uniques, aux tons si bien adaptés à chacun de la dizaine de personnages marins, sont si bien utilisés par l’auteure, j’ai dévoré ce roman d’un seul coup, envahie par un flot d’images mi-vacancières et mi-nostalgiques. C’est une histoire de trop d’amour, de choses qui flottent, en suspend, qui remontent à la surface, parfois, et c’est un dilemme entre vouloir savoir et vouloir oublier. C’est une histoire de chercher des réponses, de cette volonté plus forte que soi du besoin de savoir pour passer à autre chose.

Les heures de bonheur pour la lecture de Nous étions le sel de la mer permettent de réellement se sentir en ce bord de mer, sur un quai, ou accoudés au bar du bistro du coin d’où nous pourrions être témoins de la vie de Catherine, Joaquin, Cyrille, Vital, Marie, Guylaine et le reste du village.

Ce sont des personnages, parfois en apparence peu soignés, qui laissent sortir des mots remplis de sens. C’est un livre rempli de combinaisons de mots si importants qui marquent la lecture : Vis pas avec ce qui manque, vis avec ce qui est là.

Très certainement une des histoires les plus prenantes et berçantes que j’ai pu savourer des yeux, le 5e roman de Roxanne Bouchard se déroule tout doucement, comme des vacances d’été, mais avec une intensité peu commune de rechercher des réponses sur la vie, l’amour et les liens qui nous unissent. Un roman qui débute lentement, un rythme qui se déroule comme le feraient des journées de Gaspésie et qui demande à prendre le temps de vivre, en lisant. C’est une histoire de bateaux. C’est fabuleux comme un coucher de soleil et ça laisse en soi l’envie de vivre que propose chaque lever du soleil.

coucher de soleil

Des extraits, ça nous plaît !

J’ai fait le tour en touchant partout. J’ai erré, étrangère, en cherchant un sens aux pièces de la maison. Je n’avais aucun souvenir associé aux lambris de bois dur. Jamais dévalé cet escalier en courant, jamais vidé le bas du garde-manger ni dormi sous une pile de manteaux de fourrure un soir de Noël. Mes souvenirs d’enfance étaient magnifiques, parfaits, alors pourquoi ressentais-je du chagrin à l’idée de n’avoir pas pu jouir de ceux que la maison évoquait – et qui n’avaient jamais existé ? Car il se passait ceci d’étrange que j’étais nostalgique de ce que je n’avais jamais connu.

Cyrille, il disait que, si on choisissait la mer, elle nous fiançait, pour le meilleur et pour le pire. Il disait qu’elle glissait à notre doigt l’anneau argenté du soleil, qu’elle promettait l’horizon et qu’elle tenait promesse. Il racontait, en chuchotant, qu’il avait connu ses danses gracieuses, ses froissements murmurants, ses tanguages houleux – et ses colères excessives, ses tempêtes nocturnes, ses hurlements furieux, Il disait, désarmé, qu’elle était dure, exigeante, mais qu’être agenouillé dans son aube était un privilège.

J’ai identifié tous ceux qui ont croisé le parcours de Marie Garant et remonté leur chronologie. Trop d’hommes ont aimé ma mère. Il me manque la date de ma naissance pour connaître mon véritable patronyme. La date qui me donnerait un nom. Sans ce premier jour où j’ai mis le pied sur l’eau, je n’ai qu’à errer entre ceux qui m’ont tendu des yeux bleus et tendres. Mais si Marie Garant ne m’a laissé aucun indice, c’est peut-être qu’elle ne voulait pas que je sache. Alors, je multiplierai les visages de mes pères dans l’envers aqueux de mes pupilles.

A propos de l'auteur

Éditrice et rédactrice en chef du magazine Partout Ici. Amoureuse des mots, des animaux, de mon homme, de ma vie.

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