Les sorcières de Salem

Si je vous parle de Salem, vous allez invariablement me dire : Ah oui, les sorcières de Salem

Si nous avons tous entendu parler des Sorcières de Salem, très peu d’entre nous connaissent la véritable histoire. Pourtant, un nombre incalculable de romans, films et pièces de théâtre ont été écrits sur le sujet.

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Mais qu’en est-il vraiment ?

Les événements de Salem sont un triste épisode de l’histoire coloniale américaine. Une tragédie épouvantable, en fait.

Le tout débute à l’hiver 1692 dans une minuscule bourgade située le long de la côte américaine, un peu au nord de Boston. Salem (dont le nom est dérivé de Jérusalem) est habité par quelques centaines de colons Puritains britanniques. À la fin de l’hiver, on dit que certaines femmes se mettent à avoir des comportements troublants et inexpliqués. Elles marchent la tête basse en marmonnant et en trainant les pieds. Elles parlent des langues incompréhensibles. Elles sont prostrées. On dit même que certaines aboient comme des chiens.

Les dirigeants du village n’y comprennent rien. On interroge ces pauvres femmes qui, illettrées pour la plupart, sont incapables de répondre aux questions qu’on leur pose.

Devant l’impossibilité d’expliquer le phénomène, on en arrive rapidement à invoquer le Diable. C’est ça ! Elles sont surement possédées du Diable. Mentionnons qu’à l’époque, en Angleterre, c’est un crime que d’être possédé par Satan.

On instaure donc des procès pour accuser ces pauvres femmes d’être envoutées par les forces du Mal. Un certain John Hathorne, capitaine de bateau et riche homme d’affaires, s’autoproclame juge de sorcellerie. Bien incapables de se défendre, les femmes sont emprisonnées et pendues. Quelques hommes qui prennent la défense des femmes sont aussi pendus.

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Dans l’espoir de sauver leur peau, les femmes accusées commencent à accuser d’autres personnes de les avoir envoutées. Rapidement, le tout dégénère en une immense psychose collective où tout un chacun s’accuse à qui mieux mieux.

À la fin de septembre 1692, le Gouverneur Phipps, représentant du Roi en Amérique, intervient pour mettre fin à cette terrible boucherie. L’épisode aura fait 25 victimes, la plupart pendues.

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Il est difficile, plus de 300 ans plus tard, d’analyser ce qui s’est vraiment passé. Il existe très peu de documents écrits de cette époque. En fait, la plupart des gens étaient illettrés. Encore plus difficile de départager la vérité de la légende.

Plusieurs historiens ont mis de l’avant différentes théories sur le sujet. Tous, cependant, s’entendent pour dire qu’il ne s’agit pas d’une cause unique, mais plutôt d’un ensemble de phénomènes qui se sont additionnés, pour aboutir à une explosion de violence incontrôlée.

Au premier chef, on doit mentionner l’ultra religiosité des Puritains de l’époque. Ces protestants britanniques étaient, en effet, réputés pour leur interprétation stricte de la Bible, où le Bien et le Mal étaient continuellement au centre de leur vie. Ensuite, il y avait la peur viscérale des Amérindiens. On avait régulièrement des altercations avec ceux que l’on associait facilement au diable.

Puis, l’absence de tout système juridique. En 1692, bien avant la naissance des Etats-Unis, la Nouvelle-Angleterre est une lointaine colonie de la Grande-Bretagne. En quelque sorte, c’est la loi de la jungle qui s’applique !

Un autre élément qui pourrait avoir joué un rôle est la présence d’une esclave noire, arrivée des Antilles comme nourrice des enfants du Pasteur. Il semble qu’elle se soit livrée à des séances de vaudou pour amuser les enfants.

Mais, depuis quelques années, une autre théorie, plus scientifique, commence à faire son chemin parmi les chercheurs qui se sont penchés sur le sujet. L’hiver de 1692 fut plus rigoureux qu’à l’ordinaire. Les colons de l’époque avaient l’habitude de stocker des provisions de céréales pour survivre aux longs mois d’hiver. Or, on a découvert que l’ergot de seigle, lorsque fermenté, développe une substance proche du LSD.

Toutes ces théories ne sont que des conjectures. Par conséquent, l’affaire n’est toujours pas tout-à-fait résolue. Ce qui, bien sûr, alimente la légende…

Aujourd’hui, près de 325 ans plus tard, qu’en reste t-il ? Une vaste récupération commerciale, diront certains. Salem est devenue la capitale mondiale de l’Halloween. Les femmes pendues et l’hystérie collective ont fait place aux citrouilles, aux têtes de mort et aux sorcières sur leur balai. Salem est également la capitale de l’ésotérisme : tarot, pierres philosophales, feuilles de thé et voyantes sont à tous les coins de rue. La ville regorge aussi de musées de toutes sortes, au goût souvent discutable.

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L’Halloween à Salem est un événement qu’il faut vivre une fois dans sa vie.

Allez-y. N’ayez pas peur !

(photos : Catherine Verdon)

À lire aussi : Boston, un régal pour les amateurs d’histoire ! 


La Comédie Humaine est en tournée avec la pièce Les Sorcières de Salem d’octobre 2015 à avril 2016.

http://lacomediehumaine.ca/les-sorcieres-salem/calendrier/

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Une réponse

  1. France Robert

    Bravo, très intéressant. Salutations Normand. Au plaisir de te lire

    à nouveau. France.

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