2015-03-03-04-14-06-Jacynthe-recette4517FOn peut dire que Jacynthe René est en mode récolte. Un mot qui lui va bien, considérant le choix de vie qu’elle a fait, qui ressemble à la vie sur une ferme. On pense qu’elle demeure loin dans les champs, mais quand on arrive chez elle, on constate qu’elle n’est qu’à quelques minutes des axes routiers. Pourtant, le temps s’arrête. Animaux et ­calme ­nous­ accueillent ­sur 500 ­000 ­pieds ­carrés.­ J­acynthe­ adore recevoir et ça paraît dans son accueil, son sourire, dans le temps qu’elle prend avec les gens, même les rédactrices jusqu’alors inconnues. On se sent bien. Elle, elle l’est, c’est évident. Sans la connaître, on s’entend pour dire que Jacynthe est une très belle­ fille.­ Si­ on­ s’intéresse­ à­ sa­ vie,­ par­ les­ réseaux­ sociaux,­ son­ magazine­ en­ ligne­ ou ses livres, on constate qu’elle est une femme épanouie, qui a énormément de leçons de vie à partager. Et si, comme moi, vous avez la chance de passer du temps en sa compagnie, c’est un moment qui vous changera et restera gravé dans votre cœur. Jacynthe René, c’est l’authenticité, les valeurs familiales, l’entraide et le respect. Elle donne l’impression, par ses yeux pétillants et son amour de la vie, d’être une petite fille­ devant­ ses­ premiers­ flocons­ de­ neige,­ mais­ avec­ la­ tête­ d’un­ être­ de­ ­sagesse,­ qui­ aurait­ vécu­ plusieurs­ vies.­ Jacynthe­ est­ de ces femmes d’exception qui contribue à un monde meilleur, où chacun a envie d’être la plus belle version de lui-même. Récit d’une de mes plus belles rencontres…

Il y a un an, Jacynthe se retrouve avec le livre de Gwyneth Paltrow entre les mains. La personne lui en ayant fait cadeau lui dit qu’elle doit faire ça au Québec, que l’on a besoin d’un modèle pour ce style de vie. « J’ai appelé l’éditeur le lendemain. Il a dit : On embarque ! Un livre sur mon style de vie, des recettes, qui était déjà écrit en quelque sorte, puisque J magazine existe depuis un an et demi. J’ai pris un mois à regrouper les sujets que je connais ». Quelque chose qu’elle aime et fait naturellement. « C’est authentique. Je vis comme ça depuis 15 ans. Après le livre, Manon Leblanc m’a dit que je devais avoir l’émission qui va avec : le contraire de ce qui se passe d’habitude. J’ai présenté un show auquel je pensais depuis 4 ans. C’était fin novembre. Le 6 décembre, je savais qu’on faisait un show. Le 6 janvier, j’écrivais VIVE – La détox gourmande. Un an plus tard, le livre est en réimpression pour la troisième fois. »

Il est simple, tellement facile à comprendre… « C’est ce que je souhaitais. J’ai lu des livres, fait des stages, assisté à des conférences, comme celle de Jacqueline Lagacé, une femme que je trouve fascinante. C’est tellement important de comprendre certaines notions de base, comme le PH dans notre corps, le pouvoir des aliments, la digestion. Il faut bien digérer pour ne pas stocker et bien fonctionner. Il faut offrir à notre corps ce dont il a besoin. C’est le gros bon sens ».

Mathématique, à la limite… « Logique et naturel, comme avant la bouffe industrialisée, qu’on se mette au régime, à compter les calories. Si tu envoies quelque chose à ton corps qu’il ne reconnaît pas, il le stocke. Les calories ne sont pas importantes. Je mange en abondance. C’est pour ça qu’il faut appeler ça gourmand. Mon assiette, c’est une montagne, mais je n’ai pas besoin de compter les calories parce que ce sont des légumes et des céréales, directement assimilés. Je n’ai pas besoin de digérer ensuite, je garde mon énergie pour moi ».

Jacynthe a beaucoup de projets, elle est très active. « J’ai été une maman à la maison et c’est là que j’ai fait mes plus grandes réalisations : l’école, le jardin, le premier livre, les DVD de danse. C’est faux de croire que lorsqu’on reste à la maison, notre vie s’arrête, que si on reste avec notre enfant, on perd notre temps. Certains vont jusqu’à dire que c’est du gaspillage de talent ! On peut vivre notre vie à la maison et se réaliser pleinement après. J’en suis la preuve vivante ». Elle m’explique qu’elle véhicule deux messages. « Ce que j’offre, ce sont des bonnes idées, pas de la consommation, juste du gros bon sens. La vitalité est accessible à tout le monde. J’ai vécu une période noire, très obscure, avec beau- coup d’obsessions de toutes sortes. C’est accessible à tout le monde, peu importe notre âge, où on est dans notre vie. Quand on fait le choix de l’harmonie, de la vitalité, toutes les journées sont merveilleuses. Le deuxième message est que nos idées sont faites pour être réalisées. C’est notre vie qui demande à se vivre ».

À ce moment, Jacynthe me regarde et me dit : « Tu ne m’as pas encore posé de question, n’est-ce pas? ». Un sourire, elle poursuit. « Les gens sur leur lit de mort regrettent de ne pas avoir vécu pour eux. Personne ne va faire les choses pour nous. Il y a tellement de potentiel dans nos idées, dans la communauté, de liens que l’on peut tisser entre nous. Je l’ai vécu fort avec l’école, cinquante familles à la fois, pour dire « voici ce qu’est une école alternative, on va aller à la Commission scolaire tous les mois pour leur dire qu’on en veut une ». Je n’ai pas lâché pendant 2 ans. C’est là que j’ai réalisé la force de la communauté. Quand l’école est née, j’ai voulu faire le jardin, la Fondation Éden, un environnement pour inviter nos enfants en suivant les principes de la permaculture, les forêts nourricières. Planter pour se nourrir, recréer des écosystèmes, imiter la forêt en intervenant peu, en laissant la nature pousser. J’invite les écoles dans cet univers : donner à la terre pour qu’elle nous redonne davantage. Recréer ce lien à la terre, à la météo. Je veux faire fleurir les jardins avec les aînés et pour qu’ils soient avec les enfants. C’est ma vision. La Fondation Éden sert à ça : les enfants n’ont pas la chance de courir dehors, jouer avec des bâtons de bois, regarder les nuages, se salir. Aucun enfant qui vient ici n’est malheureux quand il repart. Ce sont les papas de l’école qui ont fait la piste d’hébertisme. On fait beaucoup avec peu ». Elle poursuit : « J magazine m’a été demandé. Le reste vient de cela. Pour moi, c’est la source. Les gens me demandaient de faire quelque chose avec mon lieu de vie, comment je vis et les gens que je rencontre. J’ai lancé ce magazine en me disant que j’allais voir s’il y avait un besoin. Il est énorme ! Je passe des heures à jaser avec les gens, c’est moi qui est derrière l’ordi. Ce sont eux qui se sont déplacés à 1 200 au lancement du livre. Une personne sur 3 a fait 2-3 heures de route pour venir. Ce sont des changements de vie. Autant les jeunes qui ont des troubles alimentaires et ne connaissent pas leur place, qu’un homme de Sherbrooke qui me tient informée du nombre de livres qu’il perd et me dit que ça marche. Je le sais, ce n’est que du gros bon sens. La base est l’alimentation, mais c’est aussi un mode de vie, le respect du corps, de la terre, s’entourer, communiquer. On doit s’écouter pour être à la bonne place dans sa vie. J’en ai fait du ménage dans la mienne. Je vivais de nuit. Je me suis réveillée un jour en pensant que c’était le matin, mais c’était encore la nuit. Je croyais que c’était la fin du monde. J’étais vraiment creux. J’ai reparti ma vie à zéro. Mais ces zéros-là, ces pages blanches, sont extraordinaires ! Il ne faut pas en avoir peur, les voir comme un poids. C’est excitant, positif, c’est du plus qui s’en vient. Les plus qu’on met sur notre feuille blanche par rapport à ce qu’on ne veut plus vivre. La vie, c’est une aventure, ce n’est pas fait pour faire comme les autres, suivre un chemin déjà tracé ».

C’était quoi, ce trou noir ? Je ne veux pas nommer c’était quoi, ce n’est pas important. J’avais 20 ans. Je veux juste le dire pour montrer qu’il y a de l’espoir. Je peux parler par expérience, j’ai tout connu. Je suis contente d’être passée par là, c’est ma force de comédienne, j’ai un endroit où puiser.

Ton personnage dans Les jeunes loups, on lui sent un très bon fond, elle est attachante, a un grand besoin, mais elle a ­aussi­ un ­côté­ superficiel.­Tu ­es ­excellente ­parce ­que ­tu­ n’es aucunement comme ça, mais on y croit tellement! Il y a beaucoup de femmes qui se reconnaissent en elle. J’aime ça, j’aime jouer. Ça pourrait être le titre de la première page : J’aime jouer ! Personne n’est plus heureux que moi sur un plateau. J’arrive avant le temps, j’en mange. Depuis Diva, c’est comme ça. C’était mon rêve et d’où je suis partie, je ne croyais pas que je pouvais y arriver. Quand j’ai eu mon premier rôle, je n’étais pas attirante, on ne me remarquait pas. Je ne gardais aucun emploi. On me renvoyait dans la même journée. J’ai réappris à vivre, me suis dit : Ok, je suis capable de fonctionner, qu’est-ce que je veux faire ? Je réalisais que la vie est précieuse, parce qu’un an auparavant, j’aurais pu y passer.

Tu devais être morte en dedans même si tu ne l’était pas physiquement… Complètement. Il a aussi fallu que j’apprenne à mentir. J’excelle quand je passe au Tricheur ! J’ai développé un talent de comédienne dans ce temps-là. Ce que je voulais, c’était jouer. Est-ce que j’étais capable ? J’était timide, gênée, j’avais peur de tout, peur de sortir de chez moi. Un an plus tard, j’ai obtenu le rôle dans Diva. Aujourd’hui, je suis comblée par la vie. Ça fait 8 ans que je partage ma vie avec mon chum. Il a été le premier à me dire « Jacynthe, tu es merveilleuse, regarde ce que tu as fait ». Il ne m’a pas connue comme comédienne, je ne travaillais pas. Il me disait: « Regarde la maison que tu as pour tes enfants, regarde la maman que tu es ». J’étais monoparentale, à gagner beaucoup moins que ce que l’on a avec l’assurance emploi, je n’avais pas de travail. J’ai trouvé cette maison, que j’ai achetée dans cette situation. C’est pour ça que j’ai un chapitre dans le livre qui parle de la magie : réaliser quelque chose, que quand on y croit… La maison n’était même pas à vendre ! Je me suis dit : c’est ma maison. Je m’y voyais et j’ai fait naître la suite. C’est pour ça que je peux dire aux femmes d’affaires en conférence que ce n’est pas le compte en banque, ce n’est pas ça ! Je sais ce que certaines femmes veulent entendre dans mes conférences et je n’ai pas les bonnes réponses pour elles. C’est ce que j’aime. J’aime brouiller les cartes, parce que ça fait en sorte que les gens se posent des questions. J’étais assise ici, Louis avait 6 mois, je venais de dire non à un rôle permanent qui m’aurait rapporté dans les 6 chiffres. Mon cœur me disait non. Je regardais Louis et je ne pouvais pas le laisser. On m’a dit : « Tu ne te retrouveras jamais de job ». J’étais assise avec mon bébé, je n’avais pas d’argent, mais je me suis dit que c’était ça le bonheur. J’ai écrit ce que je ne voulais plus comme chum, j’étais tannée d’être avec des gars qui me disaient que je n’étais bonne à rien. Beurk. Je voulais pouvoir m’abandonner dans les bras d’un homme viril, un vrai. Le lendemain, une amie est venue ici avec mon chum, qui ne l’était pas encore. Mon amie ne savait pas non plus qu’il allait le devenir. Je lui ai serré la main et on ne s’est plus quittés.

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Penses-tu que c’est toi qui vit autrement ou que ce sont les autres ? C’est moi. Je me suis toujours sentie comme le mouton noir, même dans ma famille, mais ça a toujours été le fun de l’être. À 17 ans, je me disais que je ne voulais pas être ou faire comme les autres. C’est ce que je souhaite avec l’école. Il y a 220 enfants et ce sont tous des petits êtres, il n’y a personne de moulé. Ce sont tous des vies et des potentiels différents. Pour se réaliser, ils doivent avoir confiance en la vie, ce qu’ils ne peuvent pas faire si on les abandonne dans un berceau quand ils pleurent. C’est sûr qu’ils vont devenir performants, vont abandonner leurs espoirs. Ils ne sont pas cons, ils vont arrêter de pleurer et faire leurs nuits, mais il y aura quelque chose de brisé en eux.

Que dis-tu aux gens qui jugent le fait d’être très près de ses enfants, de dormir avec eux ? C’est tellement ridicule. Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les fabuleuses docteures de l’Hôpital de Cowansville où j’ai accouché, celles qui m’ont proposé de dormir avec mon enfant, de répondre à ses besoins le plus possible. Ça bâti sa confiance en lui. S’il a confiance en moi, en son père, en lui, il va avoir confiance en la vie. On ne parle pas de gâter; on ne peut pas gâter un enfant d’amour, mais le réconforter. Si on veut que les parents puissent donner ça à leur enfant, il faut qu’eux-mêmes soient bien dans leur vie.

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L’école alternative dont il est question dans l’entrevue est l’École primaire des Cheminots à Delson.

photo en début d’article : @Marc Dussault

A propos de l'auteur

Éditrice et rédactrice en chef du magazine Partout Ici. Amoureuse des mots, des animaux, de mon homme, de ma vie.

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